Un immense merci au Père Sébastien REVIRAND (Prieur de la communauté des Chanoines Réguliers de Saint-Augustin et Modérateur de la Paroisse Saint Vincent sur Beauronne.) pour la clarté de ses enseignements lors de la Journée de la Réconciliation 2019, avec l’ensemble Pastoral du Périgord Vert !
Le programme 2018-2019 du centre spirituel, de l’abbaye de Chancelade, à télécharger ici.
Pardonne-nous nos offenses…
Préliminaires : dans quel esprit nous devons regarder le sacrement du pardon.
Pécher, ce n’est pas commettre une infraction, ce n’est pas d’abord faire quelque chose d’interdit par Dieu ou par l’Église.
Ce verbe vient d’un mot hébreu qui signifie « manquer la cible ».
Notre cible est le Ciel. Le Paradis. La vie éternellement heureuse, auprès de Dieu. Au Ciel, il n’y aura que de l’Amour. Les relations avec Dieu et avec tous les autres seront parfaites, pur Amour. Nous serons heureux d’être avec tous. (Nous avons encore du chemin à faire, jusque là !)
Un péché, c’est donc ce que je fais qui va contre l’Amour. Cet acte me détourne du Ciel. Il me fait tourner le dos au Ciel…
Par la Bible, le Seigneur nous invite à vivre 3 amours : de Dieu, du prochain, de nous-même (le 3ème est nécessaire pour aimer son prochain « comme soi-même »). Je peux ainsi pécher contre Dieu, contre les autres, contre moi-même. Le baptême nous a placés sur le seuil du Ciel. Toute notre vie, les tentations essaieront de nous en détourner.
Comparaison avec une boussole : elle indique le Nord, mais si j’approche des aimants, l’aiguille perd le Nord !
Limite de l’analogie : l’aiguille de la boussole ne peut pas appeler le Nord à son aide. Mais nous pouvons appeler Dieu à notre secours, quand nous nous sentons loin de lui ! Dieu « répare » ! Dieu nous tourne à nouveau vers lui, si nous le voulons (sens du verbe « convertir »). Il le fait en particulier dans le sacrement du pardon.
Le problème de la peur excessive de Dieu
Beaucoup de chrétiens, et même de prêtres, en sont là. Ils sont pris dans un carcan de lois, de devoirs à accomplir. En danger de mort, ils éprouvent le besoin de se confesser, pour se garantir, se protéger « contre la colère du Père céleste » !
C’est la même peur qui les pousse à aller à la messe le dimanche.
Leurs prières et leurs rapports avec Dieu sont dénués de joie; ils font tout par devoir, tristement.
Jésus nous révèle l’amour inconditionnel que Dieu nous porte !
Le jour le plus mémorable de votre vie ne sera pas celui où vous aurez la certitude que vous aimez Dieu ; mais ce sera le jour où vous aurez la certitude que Dieu vous aime !
Dieu vous aime et vous accepte tel que vous êtes. Vous n’avez pas à changer ni à vous améliorer pour qu’il vous aime. Vous n’avez rien à faire pour obtenir son amour, car vous l’avez déjà, en ce moment, quelle que soit votre situation ! La plus belle chose que nous puissions faire pour Dieu : croire qu’il nous aime ! Nous avons souvent été élevés avec l’idée que notre Dieu est un Dieu exigeant, plutôt qu’un Père qui nous aime sans conditions…
Le chrétien considère Dieu comme son meilleur ami, pas comme un juge à qui il faut rendre des comptes. Allez voir ce qu’en disent les saints. Le saint curé d’Ars, ou Ste Thérèse de Lisieux, par exemple ! Et Jésus lui-même : cf la parabole des deux fils.
Mon seul juge devant l’éternité, le seul qui peut me condamner pour toujours, c’est moi, quand je choisis de négliger ou de refuser l’amitié de Dieu, c’est-à-dire : le bonheur.
Avec ces préliminaires en tête, abordons notre sujet.
A quoi sert le sacrement du pardon ?
Depuis toujours, l’Église reconnaît que les « petits » péchés peuvent être remis par le simple repentir. Tout ce qui excite en nous la charité (jeûne, aumône, prière) suffit à nous obtenir le pardon. L’Eucharistie le fait : la prière pénitentielle au début de chaque messe nous rappelle ce fruit
de l’Eucharistie. Elle nous purifie de ces péchés « véniels » et contribue à nous préserver des péchés plus graves (« mortels »), en accroissant en nous la charité.
Je ne vais pas communier malgré mes « petits » péchés, mais à cause d’eux ! Pour que l’Eucharistie les efface !
(remarque : jadis, pas de communion sans confession ; mais la communion n’était pas fréquente…)
Pourtant, il est nécessaire de recourir régulièrement au sacrement du pardon. Pas pour un « toilettage », mais parce qu’il il nous permet de renforcer notre amitié avec le Seigneur, comme tous les sacrements !
C’est le lieu d’un échange d’amour très concret entre le pécheur et le Seigneur. D’un côté, le pécheur, en faisant cette démarche d’humilité, manifeste son désir de l’amitié divine ; de l’autre côté, le Seigneur donne son pardon et une grâce de renouveau (une aide intérieure pour avancer sur le chemin de l’amitié divine).
Échange « très concret » :
– parce que le pénitent doit faire un effort réel pour aller demander ce sacrement
– parce que le Seigneur donne la grâce du sacrement en passant par un intermédiaire visible (et
audible) : le prêtre, qui dira, de la part de Dieu : « je vous pardonne tous vos péchés ».
Notons que le recours au sacrement est indispensable pour les péchés graves : remède pour un cœur malade, devenu très « handicapé » pour aimer !
Le sacrement est également nécessaire sans péché apparemment grave :
1- parce que nous mesurons mal la gravité de nos péchés ; c’est-à-dire, à quel point ils nous blessent, en nous éloignant de Dieu, et à quel point ils blessent nos frères. Il y a également la tentation de mesurer la gravité de nos fautes au choc psychologique qu’elles nous donnent. Dans les péchés d’omission (= « oubli » volontaire), il n’y a pas de choc. Pourtant, ils sont
très graves, si l’on se réfère à l’Évangile : parabole du riche et du pauvre Lazare, parabole du Jugement Dernier, parabole des talents…
2- parce que le péché produit un entraînement au péché (vices). La grâce du sacrement contribue à enlever les racines du péché.
3- parce qu’en accueillant ce sacrement, même s’il n’a pas commis de péché grave, le chrétien honore la miséricorde de Dieu, dont il se sait perpétuellement l’objet.
Elle se manifeste de deux manières :
a- nous pardonner lorsque nous avons péché ;
b- nous garder de commettre le péché. Cf ste Thérèse de Lisieux : « Le Bon Dieu m’a pardonné
beaucoup plus encore qu’au pécheur, puisqu’il m’a préservée ! »
4- parce qu’en accueillant ce sacrement, le chrétien honore l’Église, que Jésus a fondée et à qui il s’est uni pour toujours, comme à son Épouse. Se confesser est aussi un acte de foi en l’Église et d’amour de Jésus.
5- parce que la confession fréquente affine la conscience : elle joue dans la vie du chrétien le rôle du dialogue dans le couple.
Déroulement de la célébration du sacrement
· Accueil :
Je viens trouver le prêtre. S’il ne me connaît pas, je me présente brièvement : date de ma dernière confession, éventuellement mon prénom, état de vie (marié, célibataire, religieux…), autres informations utiles…
Je dis « Père, bénissez-moi, parce que j’ai péché. » ou le « Je confesse à Dieu ». Le prêtre va m’aider à me mettre en présence du Seigneur (signe de croix, Notre Père, invocation de l’Esprit Saint). Quoi qu’il arrive, il me guidera.
· Confession : confesser les mauvaises actions…
… et aussi quelques bonnes actions (« Confession de louange ») Merci Seigneur pour telle et telle BA que tu m’as donné d’accomplir ! Pas pour épater le prêtre. C’est Dieu qui me regarde…
Ce n’est pas de la vantardise ou de l’orgueil : c’est être assez humble pour reconnaître que lorsque je fais du bien, c’est par la grâce de Dieu : jamais sans son aide !
Si je n’en trouve pas, c’est un signe qu’il y a quelque chose à creuser ! Le prêtre peut m’aider à discerner telle ou telle partie de l’édifice-Église où je peux poser ma pierre… Raison de plus pour une pratique régulière de ce sacrement.
On ne se confesse pas d’être ceci ou cela (orgueilleux, égoïste, impur,…) mais d’avoir fait ceci ou cela (tel péché d’orgueil, tel refus de partager, tel acte impur,…), dans telles circonstances.
On confesse tous les péchés dont on a le souvenir. (Et les autres ? L’important est de ne pas en taire volontairement : on ne peut rien cacher à Dieu, de toute façon.) Seront pardonnés tous ceux que l’on regrette.
· Conseil spirituel. Selon les circonstances, le prêtre peut nous donner un conseil, pour nous aider à avancer dans la vie de foi et de charité. Ne pas hésiter à lui en demander !
La pénitence : ce n’est pas une punition. Comparaison avec la rééducation après un accident. C’est un moyen concret de montrer au Seigneur notre bonne volonté, notre désir de nous rapprocher de Lui. Le prêtre peut nous demander de la définir avec lui. Exemple : pour un péché contre le prochain, une œuvre de miséricorde (aumône, visite à un malade,…) ; pour un péché contre soi-même (impureté, par exemple), un jeûne, une privation volontaire, un effort de pèlerinage,… ; pour un péché contre Dieu (ex : jurer, négliger la messe,…), une messe de semaine, un effort de prière pour une bonne cause,… ; réparation quand c’est possible (ex : pour un vol : je restitue ce que j’ai volé, si c’est possible).
Quelquefois, le prêtre ne donnera pas de pénitence, estimant que la démarche effectuée pour venir se confesser est suffisante.
· Contrition : on l’exprime par des paroles qui signifient notre regret. Acte de contrition ou autres. Ne pas stresser à cause de l’acte de contrition ! Le prêtre attend que j’exprime mon regret de la manière qui me convient.
· Absolution. En étendant la main au-dessus de ma tête, le prêtre prononce la formule du pardon de Dieu : « Que Dieu notre Père vous montre sa miséricorde. Par la mort et la résurrection de son Fils, il a réconcilié le monde avec lui et il a envoyé l’Esprit Saint pour la rémission des péchés. Par le ministère de l’Église, qu’il vous donne le pardon et la paix. Et moi, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, je vous pardonne tous vos
péchés. Allez dans la paix du Christ ! » Le pardon sera effectif s’il y a eu aveu de péchés, regret sincère et accomplissement de la pénitence éventuelle (on ne peut donc pas pécher sans retenue, et dire qu’il suffit de se confesser).
· Envoi.
Le prêtre m’invite à rendre grâce au Seigneur. Je peux prendre un temps de prière dans l’église et, dès que possible, participer à l’Eucharistie. Je n’oublie pas d’accomplir ma pénitence.
La seule chose indispensable, c’est de venir avec le souvenir et le regret de vos péchés. Peu importe que vous sachiez ou non les formules usuelles ! Vous ne venez pas passer un examen, et les prêtres se moquent de savoir si vous avez bien mémorisé l’acte de contrition.
Quand y aller ?
Au moins une fois par an. Plus fréquemment, si possible (logique du dialogue d’amour, comme dans un couple !).
Permanences avant les fêtes. Mais toute l’année, vous pouvez solliciter les prêtres après la messe, ou prendre rendez-vous. Pas d’hésitation par rapport à leur emploi du temps : c’est pour eux une priorité !
Le pardon dans la vie chrétienne
Lorsque Jésus enseigne le Notre Père à ses disciples, c’est une succession de demandes qu’il nous propose d’adresser à son Père.
Au milieu de ces demandes, il y a une affirmation qui n’est pas une demande : « comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ».
Chez st Matthieu, l’enseignement se poursuit par un commentaire sur ce seul élément du Notre Père : « car si vous ne pardonnez pas… »
Comme si c’était l’essentiel du message !
Ce n’est pas un caprice, une « marotte » ou une obsession divine… C’est la condition pour que nous puissions nous-mêmes réellement accueillir le pardon de Dieu pour nos propres fautes. La condition pour que notre cœur soit disposé à cela.
A- La pédagogie divine : comment Dieu nous enseigne le pardon
Il s’agit d’un enseignement progressif, car les hommes sont naturellement ancrés dans des pratiques de vengeance souvent démesurées.
Dieu commence par restreindre la violence en donnant la Loi du Talion, par la bouche de Moïse : « OEil pour oeil, dent pour dent ». Il tempère la violence. La punition devient adaptée à l’offense, au moins en théorie. Ce n’est pas un progrès négligeable ! Il reste nécessaire d’obtenir justice, mais pas de se venger.
Mais Dieu désire nous entraîner beaucoup plus loin.
Avec l’enseignement de Jésus, et sa propre vie mise sous nos yeux dans les récits évangéliques, Dieu dévoile Sa justice, qui consiste non pas à punir la faute mais à prendre sur lui le péché du monde !
Cette miséricorde paraît scandaleuse. Nous préférerions que Dieu soit juste à la manière humaine…
Voyons comment se manifeste concrètement la miséricorde de Dieu.
Nous nous disons « chrétiens » parce que nous pensons appartenir au Christ. Quel est le signe de cette appartenance ? Comment la vérifier ?
Réponse de Jésus : « Tous vous reconnaîtront pour mes disciples à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (1ère lettre de saint Jean 13, 35)
Il faut préciser de quelle sorte d’amour il s’agit : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, que faites vous de plus que les païens ? » (Matthieu 5, 47)
Ce n’est pas le simple « amour d’amitié », « l’amour-partage » : je t’aime parce que tu m’aimes et que tu es gentil avec moi…
C’est un amour nouveau : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jean 13, 34)
Jusque là, il s’agissait d’aimer son prochain « comme soi-même » (commandement de l’Ancien
Testament). Maintenant, Jésus nous invite à aimer notre prochain plus que nous-mêmes, à son exemple.
Au-delà de l’amour-partage, il existe un amour-don, gratuit, qui donne sans attendre de retour.
Cet amour-là va jusqu’à « Aimez vos ennemis » (Luc 6, 27) et « Bénissez ceux qui vous font du mal, ne leur rendez pas la pareille » (Luc 6,35).
Mon « ennemi » peut être mon intime (père, mère, enfant, conjoint, ami,…), au sens où il me fait parfois souffrir, en ne me donnant pas l’amour que j’attends de lui.
L’aimer, cela passe par le pardon : lui remettre sa dette gratuitement.
Jésus a vécu le pardon.
Dans sa Passion, « sans un mot, sans un cri ». Au lieu de se révolter il s’immerge dans la miséricorde du Père. Il reste obéissant et dépendant. Il ne réclame pas justice. Alors que tous l’offensent, il refuse d’offenser, bien qu’il en ait le pouvoir. Il nous pardonne, à nous qui l’offensons : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. »
La Croix est un échec humain apparent. Mais c’est le triomphe de l’amour offert. Il fallait que la haine ne vienne pas à bout de l’amour, qu’elle ne parvienne pas à lui arracher un cri de haine.
Dans cette logique, la seule « arme » que Jésus nous laisse pour mettre un terme à l’escalade de la haine et de la violence, c’est l’amour du prochain jusqu’au pardon.
Après sa Résurrection, Jésus vient à la rencontre des Apôtres. Aucun reproche sur leur conduite peu glorieuse durant la Passion.
Il leur parle de l’avenir et aussi d’une force, qu’ils vont recevoir d’en-haut : l’Esprit-Saint (Luc 24, 49).
Quelque temps plus tard, il leur communique cette force et les envoie en mission : « Allez, de toutes les nations faites des disciples. » Il leur confie la responsabilité de poursuivre son œuvre de salut du monde !
Il aide également Pierre à sortir de sa culpabilité, après le triple reniement. Il le rétablit dans sa dignité de chef des Apôtres…
B- Sommes-nous capables de pardonner ?
Le pardon est l’expression la plus profonde de l’amour des « ennemis ».
Il est le sommet de la vie chrétienne. Le signe de l’amour qui vient de Dieu et de la présence en nous de l’Esprit-Saint.
Pardonner à ceux qui nous ont fait du mal est indispensable pour vivre en chrétien : « Pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés », disons-nous dans le Notre Père. Jésus en fait la condition pour bénéficier nous-mêmes du pardon de Dieu, pour nos
propres fautes !
Mais il est largement au-dessus des forces humaines.
Nous avons tous fait l’expérience de « vouloir pardonner » et de ne pas y arriver. D’avoir « pardonné » du bout des lèvres, mais de garder en nous amertume, ressentiment, colère, désir d’être dédommagés. D’avoir laissé libre cours à la violence, au moins verbale, pour nous dédommager des
offenses subies. D’avoir pratiqué la vengeance par médisance (en diffusant ces choses, vraies, mais qui ternissent l’image de celui qui nous a fait du tort.)
Il faut bien se mettre dans la tête cette vérité : le pardon n’est pas seulement humain, il est divin.
Seul Dieu pardonne… et vient pardonner en l’homme.
Pardonner, c’est effacer l’offense (pas la blessure). Dieu seul (qui a tout créé à partir de rien) peut effacer ce qui a été fait.
Jésus, vrai homme, nous montre la voie : sur la Croix, il ne dit pas « Père, je leur pardonne », mais « Père, pardonne-leur. » C’est-à-dire « Viens en moi leur pardonner ! »
Pardonner suppose de se reconnaître enfant de Dieu, comme Jésus, et de crier avec lui « Père ».
Quitter le désir de se débrouiller tout seul et tendre la main vers le Ciel…
L’être humain ne peut pas pardonner par ses propres forces : c’est une grâce (don gratuit de Dieu), qui se demande et qui s’accueille avec gratitude.
L’homme ne devient pas capable de pardonner par un acte de sa volonté mais par la puissance de l’Esprit-Saint.
Si Dieu commande « Aimez vos ennemis », c’est bien parce qu’il nous offre la force de le faire !
Il me faut reconnaître que je ne peux pas pardonner seul.
Et ensuite décider si je veux pardonner.
L’absence de pardon (« je n’y arrive pas ! ») vient de mon refus ou de mon ignorance.
Pourtant, j’ai souvent l’impression d’y arriver tout seul ! Il y a même des personnes qui disent : « Je n’ai aucune rancune, je pardonne toujours. » Il s’agit probablement d’une grande méconnaissance de soi. On se convainc d’avoir pardonné. Cela évite l’angoisse de la culpabilité. Mais ce peut être une manière voilée de refuser le don de Dieu.
Il y a en effet deux étapes dans le pardon :
– le pardon « psychologique », purement humain
– le pardon « spirituel », force reçue de Dieu.
Dans le pardon psychologique, on recherche d’abord un mieux-être personnel : « si je veux guérir de cette blessure, il faut que je lui pardonne ». Je pardonne pour me reconstruire, ou pour assurer une meilleure cohabitation avec le proche qui m’a blessé (relations parents-enfants par exemple, ou entre conjoints) : « il m’a offensé mais je dois lui pardonner, parce que si je continue à lui montrer ma mauvaise humeur, je serai malheureux, nous ne pourrons plus nous supporter, il ne me laissera
pas en paix… »
C’est nécessaire au quotidien. On apprend ainsi à se supporter les uns les autres. Nous sommes ici au niveau d’un amour-partage : chacun donne à qui lui donne.
Limites : on risque de voir s’installer entre nous l’indifférence ou la jalousie… Cela est manifeste lorsque je constate que je suis incapable de me réjouir quand mon « ennemi » est joyeux, honoré par les autres ; ou de pleurer avec lui quand il est triste.
Dans le pardon spirituel, on n’attend aucun bénéfice pour soi-même. On accepte que l’autre ne donne rien en retour. On cherche même à lui faire du bien. En référence à l’amour du Père qui nous perçoit tous comme des frères.
Ce pardon est divin. Seul Dieu peut nous en rendre capables. Seul le Christ peut nous débarrasser de la haine (et de la mort, qui est sa conséquence). Il est le Sauveur. C’est de cela qu’il est venu nous sauver !
NB : il est bon de distinguer ces deux étapes du pardon, mais il ne faut pas les dissocier. L’effet de libération personnelle est essentiel, et nécessaire pour aller plus loin.
Il faut enfin savoir que le pardon n’est pas un acte ponctuel. C’est un chemin à parcourir dans la durée.
Respecter les étapes, ne pas brusquer (pas d’injonction : «Tu es chrétien, il faut pardonner ! ») Il y a un temps pour tout. Le temps de prendre conscience de ma blessure. Le temps de prendre conscience de mon agressivité. Le temps de me tourner vers le Ciel pour demander de l’aide.
Entrer dans le désir de pardonner. En priant pour l’offenseur, malgré le ressentiment. Cela fait diminuer la violence intérieure. C’est déjà un pardon qui commence.
Pardonner n’est pas un sentiment (« ressentir de l’amour » pour l’offenseur, « sentir que l’on a pardonné »…)
L’important n’est pas « d’avoir pardonné », mais d’avancer sans se lasser vers un pardon toujours plus profond, qui se traduit par un amour gratuit et fidèle.
Vous saurez que le pardon est consommé quand vous vous réjouirez de la joie de votre « ennemi » et que vous pleurerez sa peine.
« Si ton ennemi meurt après avoir tué ton enfant, prends chez toi un enfant de ton ennemi et adopte le. » Gandhi
Le véritable pardon oublie l’offense mais garde mémoire de la blessure. C’est une chance : elle me rappelle ma vulnérabilité, mon incapacité à aimer seul et elle m’invite à redevenir l’enfant de Dieu.
C– Quelques idées à retenir, en guise de conclusion
– Le pardon est une dimension incontournable de la vie du chrétien.
– Le pardon est souvent un chemin à parcourir, dans la durée.
– La capacité de pardonner pleinement est un don de Dieu, à demander et à recevoir avec gratitude.
– Comme don de Dieu, le pardon n’a pas de limites.
– Mon désir et ma capacité de pardonner comme Jésus est un signe de mon intimité avec Dieu, de la qualité de ma relation à Dieu, de la réalité de ma vie d’enfant de Dieu.
Bibliographie :
Le Sacrement de Réconciliation – Guide du pénitent. Guillaume de Menthière, éd. Téqui
Catéchisme de l’Église Catholique art.1420-1498
Aller vers Dieu Anthony de Mello